Le site de Viviane Micaud

Un décryptage des grands sujets de société pour ceux qui veulent agir

Les propositions de Benoist Apparu sur le lycée: la réforme la plus dogmatique et utopiste depuis les années 1980

Posted by Viviane Micaud sur 28 mai 2009

Cet article montre que les propositions sur l’architecture du lycée de M. Apparu renforceraient les difficultés actuelles d’orientation du lycée et provoqueraient une augmentation du déterminisme social dans les filières sélectives post-bac.

M. Benoist Apparu a fait la même erreur que M. Xavier Darcos, il a fait  la synthèse des propositions des groupes d’intérêt plutôt que de chercher à comprendre la vraie problématique du lycée.

Je ne commenterai que les points concernant l’architecture générale du lycée, les autres points sont plus consensuels, bien que la plupart posent des problèmes d’applications (cinq heures de devoirs nécessitent des salles que les lycées que je connais n’ont pas et des moyens que le gouvernement n’est pas près de donner).

Le principe de l’architecture proposé est

–          Une seconde générale indifférenciée avec  de la technologie et de l’économie pour tous,

–          Deux classes de première, une classe générale et une technologique, pour ne créer qu’en Terminale de véritables filières (littéraire, scientifique et économique pour le bac général, gestion, industrie, santé pour le bac technologique).

Ce document montre que cette proposition ne peut que rendre plus difficile l’orientation, et décourager les jeunes d’aller vers les études dont la France a besoin.

La dévalorisation des filières professionnelles et technologiques

Le nombre important de sorties sans diplôme est attribué à la dévalorisation de la filière professionnelle.  Or la proposition de Benoist Apparu va dans la recopie du mécanisme qui dévalorise l’enseignement professionnel pour l’enseignement technologique.

La solution commence à être mis en œuvre dans de nombreux collèges pour revaloriser l’enseignement consiste à faire réfléchir tous les élèves à leur futur métier dès la troisième, et de choisir l’option de seconde comme un moyen de tester une matière qu’il pourra continuer ou non en première.

Ce principe a deux avantages :

–          Les élèves qui vont vers l’enseignement professionnel et l’enseignement général, sont à égalité devant l’orientation (il n’y a plus les « nuls » qui ont besoin de s’orienter)

–          Les élèves s’impliquent véritablement dans la réflexion sur leur futur métier dès la seconde, le choix en première sera plus mature.

– Les élèves à qui l’orientation en seconde générale est refusée ont moins de difficulté de choisir leur bac pro. En effet, il y a eu une réflexion sur les métiers futurs et ils peuvent choisir une orientation qui a des passerelles qui leur permettront de rejoindre leur choix initial s’ils s’investissent dans le travail.

De toute façon la 2nd GT reste indifférenciée, c’est-à-dire à la fin de la 2nd les élèves ne sont pas obligés de continuer la matière qu’ils ont choisie en option.

Or  la proposition de Benoist Apparu reproduit le principe non satisfaisant de fin de troisième en fin de seconde, les jeunes sont triés entre l’enseignement général et technologique sans choisir son orientation.  Cela va revenir à coup sûr à : les médiocres vers l’enseignement technologique et les bons vers l’enseignement général. Avec plus d’énergie  qu’auparavant, les parents des élèves « orientés » vont demander le redoublement. Comment faire positiver une orientation vers l’enseignement technologique si elle n’est pas sous-tendue par un choix de métier ?

Une première technologique indifférenciée incohérente

En quoi, va consister la première indifférenciée technologique, deux solutions :

1)       les élèves vont faire un peu de médicale, un peu d’électronique, un peu d’électrotechnique, un peu d’agronomie, un peu de gestion. On voit vite les limites du système.  Rien qu’avec le nombre de cours demandés c’est impossible. Quant à intéresser à l’électronique  à l’élève qui veut faire de la gestion, je souhaite bien du courage à l’enseignant.

2)      Les élèves choisissent une option de détermination qui correspond à la filière future. Alors pourquoi ne pas baptiser la filière toute suite.

Une première générale indifférenciée injuste et utopique

La première générale indifférenciée pose trois problèmes de fond

1)      Il est impossible de faire les mêmes « maths » et la mêmes « physique » à des littéraires et des scientifiques. Les premiers sont en situation de grandes souffrances, les seconds s’ennuient ferme. Qui a assisté à un conseil de 2nd sait que ces classes drainent des jeunes déjà orientés vers la filière littéraire qui traînent des 4 de moyennes en math et en physique toute l’année. A quoi cela rime de continuer encore un an. Oui, les littéraires ont besoin de culture scientifique mais pas la même culture scientifique que ceux qui se destinent aux études scientifiques.  Visiblement personne parmi les personnes interrogées par la commission n’a assisté à un conseil de classe de 2nd.

2)      Le monde va connaître des bouleversements  technologiques sans précédent, et la France a besoin des diplômés en sciences et en technologie pour participer  à la gestion de cette mutation. Il faut encourager les jeunes à faire des sciences, c’est un enjeu vital pour la compétitivité de la France dans les trente ans à venir. Comment peut-on encourager les jeunes à faire des sciences si celles-ci sont réduites à la portion congrue.

3)      Contrairement à la rumeur, les sciences sont socialement moins déterminantes que les matières qui font appel à la culture générale. Plusieurs études ont été réalisées, sur des concours de la fonction publique ou à l’accès aux grandes écoles, c’est la culture générale qui est socialement discriminante, les élèves ont des notes équivalents en science quel que soit leur origine sociale. Pour cette raison, on peut être certain qu’un tel système va augmenter le déterministe social.

 

Amplification de la hiérarchie implicite des filières

Le principal reproche à l’ancien système est qu’un nombre important de lycéens choisissent leur orientation en fonction d’une hiérarchie implicite des filières et non pas en fonction de leur motivation pour les métiers accessibles par les filières.  Or la proposition de Benoist Apparu va amplifier ce phénomène.

La hiérarchie entre les filières est fonctionnelle. Quand ils ne savent pas ce qu’ils veulent les élèves s’orientent vers les filières qui ont les plus d’exigences ou celles qui laissent le plus de portes ouvertes à la sortie. Ceci crée une hiérarchie implicite et inévitable des filières.

La seule façon de combattre cette hiérarchie est de faire connaître les parcours de réussite qui existent dans toutes les filières et de faire naître une vocation chez les jeunes. C’est possible en travaillant en amont sur le projet de l’élève et en changeant les représentations diffusées dans la société. En retardant l’orientation, la proposition de Benoist Apparu va dans le sens contraire.

Contrairement à ce qu’il annonce, il n’y a pas une orientation progressive, mais une orientation par défaut, en deux étapes, de ceux qui n’ont pas le niveau pour avoir le bac général et un choix pour ceux qui restent au dernier moment sans donner les moyens de préparer une véritable orientation.  C’est une vraie perte par rapport à l’ancien système qui permettait de tester une orientation en 2nd, puis choisir sa filière. Les dysfonctionnements actuels sont dus à une information incomplète sur l’orientation pas à l’organisation. En effet, le processus d’orientation est un cheminement complexe consistant à faire correspondre une représentation de soi avec une représentation d’un métier. Tous les jeunes n’avancent pas à la même vitesse ni au même moment.

 

En conclusion, l’architecture globale proposée est utopiste, elle a été conçue pour redonner de la gloriole aux études littéraires aux dépens de l’économie française et aux dépens de l’avenir de millions de jeunes. Elle est contraire aux consensus qui sont en train de se créer sur la nécessité de valoriser toutes les formations et sur la nécessité de débuter  tôt la réflexion sur  l’orientation (en rendant les choix réversibles).

Elle consiste à accentuer l’orientation par défaut des jeunes qui n’ont pas les acquis pour réussir l’enseignement général. Elle ne permet pas une vraie formation scientifique en retardant celle-ci d’un an, malgré l’importance primordiale pour l’avenir de la France.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :