J’ai relu ce document principalement écrit entre août 2008 et janvier 2009. La nouvelle version se trouve ici. Cliquer ici pour télécharger
A l’époque, un réflexe citoyen m’avait envahie. Il s’agissait de sauver le lycée français en prouvant les conséquences graves pour l’avenir de notre formation des grands principes énoncés en juin, basés sur un faux consensus entre divers groupes de pression (syndicats, vendeurs de solutions pédagogiques, apprentis-politiciens, etc.). En effet, ces grands principes étaient déconnectés de la réalité des jeunes et des besoins d’enseignement. Il est vrai que je me suis alarmée pour rien. La réforme Darcos a dû être abandonnée car elle était inorganisable. Il avait juste oublié que le lycée avait des murs et des salles de classes qui génèrent des contraintes d’organisation.
Aujourd’hui, concernée par la destruction programmée de la formation scientifique, j’ai eu besoin de revoir ce texte qui date maintenant de deux ans. Je suis très concernée par les choix concernant la nouvelle filière S. En effet, dans le lycée voulu par Chatel, j’aurais été en échec scolaire comme mon deuxième fils aujourd’hui dans une école d’ingénieurs de bon niveau et comme très certainement la moitié des petits-enfants à venir.
Il s’agit de faire le point :
- sur l’évolution des croyances par rapport à celles que j’ai dénoncées,
- sur l’évolution de ma propre analyse et les erreurs que j’ai faites,
- sur ce qu’il faudrait faire changer pour un faire un document pertinent qui pourrait permettre à toutes les personnes de bonnes volontés de comprendre quel est la problématique du lycée et où sont les leviers pour faire évoluer le lycée d’évoluer dans l’intérêt des lycéens.
Beaucoup des idées reçues sont heureusement tombées.
- La théorie du « miracle de la seconde de détermination » a été totalement abandonnée. Il est admis que l’orientation se fait dans la durée. Le maître-mot à l’éducation nationale est « PDMF » (Parcours de Découverte des Formations et des Métiers). Ce parcours commence en 5ème et dure toute la scolarité. Les moyens sur cette orientation sont inadaptés mais la volonté est réelle
- La théorie de la réussite par suppression des contraintes n’est plus à la mode. On sait que les cours de soutien sont efficaces pour des faiblesses dans une matière, mais pas pour des lacunes généralisées dans toutes les matières.
- Il est maintenant admis que les jeunes vont vers la filière scientifique non pas à cause d’une prétendue réputation d’excellence mais parce qu’elle permet d’attendre deux ans pour choisir son orientation. En effet, elle a des exigences sur les bases littéraires équivalentes à la L et toutes les formations littéraires sont possibles après la filière scientifique. Le contraire n’est pas vrai.
- Le lycée finlandais n’est plus cité en exemple. Il est maintenant su que ce lycée n’a pratiquement aucune des qualités autrefois vantées dans la presse grand public, ni suppression du redoublement, ni bac unique. D’ailleurs le test PISA où la Finlande brille s’adresse aux jeunes de 15 ans donc avant qu’ils aient mis les pieds dans le lycée,
- Les causes du déterminisme social sont mieux connues. Le rôle fondamental de l’autocensure due à des représentations fausses des règles de réussite de la société est maintenant reconnu.
Toutefois, un nombre trop important d’idées reçues décrites sont encore partagées dans la société.
Les principes énoncés dans le document sont toujours d’actualités à l’exception de ce que j’avais écris sur l’articulation entre la SVT et la Physique et les Mathématiques. J’ai fait le choix de rédiger les paragraphes qui abordaient ce sujet. Il convient d’éviter tout ce qui entraînerait une hiérarchie entre les matières scientifiques.
Pour ce qui est du reste, les propositions concernant les évolutions possibles de la filière S en annexe I me semblent assez maladroites. En effet, elles prêtent à la critique bien que n’étant pas inexactes. Il y a une nécessité de faire connaître à quoi servent la science et la technologie aux élèves et de faire connaître les métiers qui sont liés. Les élèves n’ont en généralement jamais entendu parler de la plupart de ces métiers ou ils ne les connaissent qu’à travers les idées reçues de la société. Toutefois, la science a besoin de bases qui s’apprennent de manière structurée et d’une démarche de validation rigoureuse, ce que certains réformistes, du courant que j’appelle paléomoderniste, ayant vent en poupe à l’Education Nationale ont tendance à oublier. Il faut rédiger tout ce qui concerne les contenus des différentes filières en prenant en compte les argumentaires de ces gens-là. Cela n’a pas été fait. L’accusation d’élitisme pour balayer d’un revers de main toute l’argumentation serait facile.
Pour sa diffusion, je juge le document trop long et pas assez ciblé sur les aspects de l’éducation où aujourd’hui il faudrait porter aujourd’hui porter notre effort :
- que ce soit pour les élèves en grandes difficultés scolaires,
- que ce soit pour la majorité des élèves proches de la « norme »,
- que ce soit pour faire connaître les sciences aux élèves et faire prendre confiance aux élèves pendant les « années lycée » en ses aptitudes à réussir la grande variété des formations qui en découlent,
- que ce soit pour les élèves « à potentiel » qui ne sont pas issus d’un milieu très favorisé.
Il reste toutefois une clarification des finalités du lycée, une éloquente démonstration de l’amateurisme de Darcos dans la prise en charge de la réforme et une analyse pointue des idées reçues de l’orientation et de ce qui peut être réellement fait pour l’améliorer.